Voilà déjà trois mois que mon stage en Inde est terminé. On m’a souvent dit que le sud de l’Inde n’était en rien comparable au Nord. Donc, je ne peux que parler de ce que j’ai connu, soit Chennai, Medavakkam et les villages environnants. Je dois admettre que le recul me permet d’avoir un regard plus impartial et beaucoup moins émotif sur les événements survenus pendant mon séjour. Avant de partir, j’avais l’impression que le Canada, étant si jeune comparativement à l’Inde, accusait d’un retard en frais d’héritage culturel. L’Inde a des écrits qui datent de plus de 2000 ans BC, alors que le Canada lui est jeune de 500 ans. J’avais hâte de voir comment ce grand héritage culturel transparaissait chez le peuple indien. Après, trois mois d’immersion en Inde, j’ai pris conscience que le tissu culturel indien est tissé si serré et profondement ancré et qu’il n’y a que très peu de place au changement. Ayant travaillé dans les zones rurales, et ayant été à Chennai, j’ai pu constater la lourdeur des processus de changement. Évidemment, les zones rurales sont les dernières à être affectées par le changement. Le Canada, étant jeune et ayant une population multiculturelle hétérogène, semble jouir d’une plus grande flexibilité tant aux changements qu’aux différences.
De prime abord, je suis venu à la conclusion que les frustrations constituent une étape inévitable dans ce type de programme (EPD). Les différences culturelles, le rapport avec le temps, les normes de professionnalisme, l’éthique de travail, sont des aspects parmi tant d’autres qui étaient traités avant de partir, dans la formation pré départ. Cependant, il m’a été très difficile de cerner l’intégralité de l’impact de ces différences avant de baigner dans ce nouvel environnement. Le système de castes a laissé ses marques en Inde. Malgré que la discrimination par les castes soit illégale, elle est omniprésente. Les gens sont conditionnés à accepter les injustices soutenues par l’autorité et le pouvoir. C’est une réalité qui est non seulement difficile à expliquer, mais difficile à cerner avant d’être témoin de son impact. Mon adaptation s’est fait graduellement, sans vraiment que j’en soi consciente. Je ne pourrais affirmer être devenue immunisée aux différences culturelles, tout simplement plus tolérante, moins susceptible d’être choquée.
Aussi, j’ai eu beaucoup à apprendre de la façon dont vivent les Indiens. De façon générale en Inde, les gens pensent au « nous » alors qu’au Canada, nous pensons au « je ». La collectivité, l’ensemble de gens qui travaillent ensemble pour former un tout. C’est très différent de la réalité occidentale. Franchement, ça permet de réaliser que l’individualisme prend une place bien trop importante en Amérique. Les programmes de développement international permettent de prendre conscience des réalités sociales tant chez soi qu’ailleurs. Ceci permet une prise de position qui, en finalité, aide ceux qui sont impliqués pour poser des gestes permettant à divers projets de conscientisation d’avoir lieu.
Aussi clichés que mes propos puissent sembler, je crois que cette aventure m’a permis d’avoir une meilleure appréciation de la vie que j’ai eu la chance de l’avoir. Une meilleure appréciation des opportunités qui sont à ma portée en tant que jeune femme au Canada, en tant que citoyenne dans ma société et de l’impact que je pourrais avoir dans mes fonctions futures. Plus concrètement, un des changements le plus marqués dans mon comportement, c’est l’évolution de ma pensée critique. Je prends bien plus de temps à réfléchir à l’impact des décisions que je prends. Je prends le temps de peser les choses dans leur contexte avant de prendre une décision ou avant d’émettre un jugement. Je sais que cette expérience m’a permis de grandir personnellement et professionnellement, et je tiens à remercier l’AUCC/ACDI et à l’UQTR de m’avoir donné l’opportunité de prendre part à une telle aventure.


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