Il est bientôt 11 heure du mat, je suis au travail, devant mon ordi et je ne fais absolument rien. Muzi, le coordonateur de programme, a été suspendu pour une durée indéterminée selon moi. Ce qui veut dire que la semaine prochaine, je n’irai pas une fois de plus dans les écoles afin de voir comment le CSVR fonctionne avec les jeunes. Je suis tanné de lire!! Je veux voir un peu de terrain car je me fais chier! Dimitri est maintenant au bureau, c’est bien parce que je peux parler Français avec lui, et qu’en même temps je réalise comment cette langue m’a manqué et comment je l’aime.
Mais bon, la raison de mon article aujourd’hui n’est pas pour vous faire du Gilles Proulx, mais plutôt pour vous parler d’un sujet qui me passionne, et qui est hautement relié à mon domaine d’étude: l’immigration. L’Afrique du Sud est selon moi un terrain extrêmement intéressant afin d’analyser ce que les pays riches ne peuvent se passer, mais à la fois veulent à tout prix filtrer.
Comme je l’ai sûrement mentionné dans un article précédent, l’Afrique du Sud est perçue par les pays sub-sahariens comme les États-Unis d’Amérique. Bien qu’il serait trop facile de faire une analogie entre l’Afrique du Sud vs. Zimbabwe et les USA vs. le Mexique, l’envie est pourtant très présente.
En 2008, les émeutes dans le quartier Alexandra ont fait plus d’une soixantaine de mort, ces émeutes étaient conduites par un sentiment de xénophobie à l’endroit des nombreux Zimbabwéens, Nigériens, Éthiopiens et j’en passe, qui vivent dans des taudis. Parenthèse ironique, Alexandra n’est séparé que par une mince autoroute où l’on trouve de l’autre côté le quartier Sandton, où même Pierre-Karl Péladeau ne pourrait pas s’acheter une maison.
Pourquoi tant de violence à l’endroit des immigrants? Selon les Sud-Africains, les étrangers qui arrivent s’accaparent les emplois, les ”shelters”, les femmes et les services sociaux. Ca ne vous rapelle des histoires ce que je raconte? ”Hey, les criss de nègres sur le BS” ”Hey, check le tching-tok pis son dépanneur en train de profiter du système, sont rien que bon qu’à nous voler nos jobs” ”Je suis pas raciste, mais les osties d’Arabes je suis pas capable”. Eh bien je pense qu’ici, à Johannesburg, très loin de chez moi, le même exact phénomène se produit. La seule nuance, c’est qu’en Afrique du Sud, en plus d’isoler l’immigrant, on le tue.
Les immigrants, comme partout dans le monde, sont à la recherche d’une meilleure vie. Riche ou pauvre, la recherche du bonheur les conduit à quitter une terre sur laquelle se sont forgés beaucoup de souvenirs qui ne s’effaceront jamais complètement. Cela prend selon moi beaucoup de courage afin de quitter un chez soi qui bien que n’étant plus vivable, sera toujours profondément ancré à notre identité.
Ici aussi en Afrique du Sud, et comme dans chaque pays qui accueillent beaucoup d’immigrants, ces derniers finissent par avoir du succès, car l’échec pour eux n’est pas une option. Ce que je répond au ”Québécois de souche”, qui va chercher sa quille de 50 au dépanneur chinois du coin tout en chialant et en se demandant pourquoi les immigrants font plus d’argent que lui. Eh bien, les importés, eux, sont prêts à dormir en arrière du comptoir de leur commerce s’il le faut. Les importés sont prêts à arrêter de fumer pour envoyer leurs enfants à l’université. Les importés sont prêts à vivre à 10 dans un 4 et demi boulevard l’Acadie, en autant que les jeunes soient acceptés en science de la nature au Cégep Bois-de-Boulogne. Comme je le dit, l’échec n’est pas une option.
En Afrique du Sud c’est la même chose, les immigrants qui quittent la Namibie à pied pour se rendre à Johannesburg, ce n’est pas pour venir quêter de l’argent dans la rue. Si un Sud-Africain demande 10 rands de l’heure, il va en demander 8. Si un Sud-Africain travaille 40 heures semaine, il va en travailler 60. L’échec n’est pas une option. Or, les Sud-Africains se plaignent maintenant qu’ils se font voler leurs jobs, et ils blâment les immigrants pour cela. Les Québécois se font voler leurs jobs, et on fait la même chose, on rejette le blâme sur l’étranger, sans penser une seconde aux raisons qu’il l’ont conduit à atterrir dans un pays où il fait -40 6 mois par année: la recherche d’une meilleure vie.
La discussion que j’aie eu il y a environ 2 semaines lors d’un fameux ”meeting” m’a complètement laissé sur le cul. Certains employés du CSVR, dont je ne nommerai pas les noms, rejetaient le blâme d’un mauvais système d’immigration sur les immigrants eux-mêmes. Ils employaient les mêmes termes que le ferait Marquis Tremblay vivant sur le chemin Chambly à Longueuil: ” ils nous volent nos jobs, ils profitent de nos services sociaux”. Même ici, des analystes professionnels ne semblent pas avoir l’éducation nécessaire pour se rendre compte que les seuls responsables face à une mauvaise immigration sont les gouvernements.
Les frontières sud-africaines beaucoup trop poreuses rendent le pays invitant pour les immigrants illégaux, on ne peut leur dire de rester chez-eux, en attendant une meilleure vie, en attendant un coup d’État au Zimbabwe pour que Mugabe quitte enfin la scène politique. Si l’occasion se présente, des milliers de personnes débarqueront ici en Afrique du Sud pour travailler comme des forcenés à des salaires de misère, mais en aillant au moins la conscience tranquille qu’au moins leur famille mangera ce soir.
Or, ce qu’il faut selon moi est un resserrement des frontières, avec l’établissement d’une meilleure politique d’immigration. Pour l’instant, je ne crois pas que le gouvernement Sud-africain en ait les moyens.
La politique d’immigration au Québec est intéressante, laquelle selon le gouvernement filtre les étrangers en différentes classes: immigration économique, immigration familiale et immigration pour les réfugiés. Pourtant, le dilemme reste le même: Est-il acceptable qu’un médecin afghan ait plus le droit de venir qu’une mère de famille afghane sans emploi? D’un autre côté, mettons-nous la situation économique québécoise en danger en acceptant trop d’immigrants sans aucun capital social? Je vais être honnête, je ne crois pas en ce moment être capable de répondre à cette question.
En Afrique du Sud pourtant, je ne pense pas toutefois que l’immigration est au même niveau que dans la plupart des pays développés. L’Afrique du Sud n’a pas besoin comme au Québec d’étrangers pour travailler dans les restaurants, dans les usines, ou pour conduire les taxis. Il n’y a déjà pas de places pour eux-mêmes, de là les innombrables tensions qui mènent à des actes terribles comme le meurtre xénophobique. Là encore, le gouvernement sud-africain devrait-il carrément barrer les frontières terrestres? Je ne crois pas, et je ne crois pas de toute façon qu’il en aurait les capacités. Le problème se trouve plutôt dans la tête des Sud-africains, comme il se trouve dans la tête des Québécois, qui ne reconnaisse pas le gouvernement comme responsable d’une mauvaise immigration, mais plutôt les immigrants eux-mêmes, car ils sont beaucoup plus faciles à toucher, et beaucoup plus vulnérables d’être victimes de notre frustration mal fondée.
One Response to “L'échec n'est pas une option.”
Post a comment
Please do not post inappropriate comments or content unrelated to this blog.


J’avais besoin d’écrire un bref avis de vente aux merci pour toutes les suggestions fantastiques que vous placez sur ce site. Ma recherche internet a prolongé à la fin de la journée été reconnu par les détails techniques fiables et au commerce avec mes collègues. Je voudrais affirmer que nous sommes plusieurs lecteurs sont vraiment au sérieux la chance de vivre dans un endroit assez important avec plusieurs individus excellente avec des pointeurs perspicace.