Je vais tenter d’écrire cet article en me mettant dans la peau de l’étudiant en science politique que je suis. Les choses commencent à s’embrouiller ici, rien n’est clair et mon projet de la semaine passé dans lequel j’étais confiant rencontre un mur. Cela me fait plutôt rire qu’autre chose, je suis habitué à ce genre de situation, j’y ai été plongé trop de fois auparavant.
Ce matin, je suis allé à l’école secondaire MH Baloyi, une école dans laquelle je vais travailler avec les LCR, qui comme je l’ai mentionné dans l’article précédent, sont des élèves médiateurs sensés aider à mettre fin aux conflits intra-scolaires. Ce que je veux déplorer dans cet article est le grave manque d’organisation qui règne ici même et si l’on me donne le droit d’avoir un blogue pour exprimer mon opinion, et bien je vais en faire ainsi.
Je reçois un appel de Tsamme ce matin. Sans que l’on nous ait averti, on doit se rendre Dimitri et moi en banlieue de Pretoria pour rencontrer les jeunes. Une idée me traverse pourtant l’esprit: Depuis vendredi tous les professeurs en Afrique du Sud sont en grève, je mentionne le fait, on me répond que ce n’est pas grave, et que oui il y aura peut-être encore des professeurs à l’intérieur de l’école qui auront peut-être garder les LCR à l’école pour que la rencontre ait peut-être lieu. Peut-être, peut-être, peut-être…Je regarde Dimitri, on sait très bien tout les deux que ce qui se passe en ce moment est ridicule. On sait très bien tout les deux que lorsque nous allons arrivé à l’école, après plus d’une heure de route, l’établissement sera fermé et qu’on ne pourra pas rencontrer les LCR. Arrivé à MH Baloyi (l’école en question), c’est ce qui se produit en effet, je regarde Tsamme, lui demande si un simple coup de fil aurait pu arranger le tout et nous prévenir de faire tant de route pour rien, de louer une voiture, de préparer une rencontre avec les jeunes etc etc. Elle me répond qu’elle ne fait que suivre ce qu’Emily demande, soit de se présenter sur le terrain, et de se faire revirer de bord!
Le manque de coordination entre les écoles et le CSVR est assez incroyable. La semaine dernière, je me suis carrément levé à 5hre du matin pour aller dans une école. Arrivé au travail, on me dit que le rendez-vous a été annuler. Vers 2 hre de l’après-midi, je me rends à Soweto dans l’école secondaire Azara, réputée pour être violente. Là encore, on se fait renvoyer chez nous, les professeurs ont un meeting et ne nous attendaient apparemment plus. Merci de nous avoir averti. En tout donc, pour 4 sorties que j’ai fait, il s’est avéré que j’ai pu entrer en contact avec les étudiants seulement une fois. Le travail du CSVR est-il pris au sérieux? Pour l’instant je n’en ai pas vraiment l’impression.
Meeting aujourd’hui, la rencontre a plus fait en sorte d’accroître ma confusion qu’autre chose. Nous avons parlé de milles et un sujets et de milles et uns projets que nous n’appliqueront probablement pas. Je me suis fait demandé d’organiser un séminaire qui aurait comme thème le dialogue entre la jeunesse sud-africaine et la jeunesse immigrante. Emily m’a même demandé de faire des invitations, des invitations??! Je connais qui ici moi en Afrique du Sud, pourquoi pas appelé Zuma et Mandela tiens. Si j’ai l’air si baveux dans ce que j’écris, c’est tout d’abord parce que je n’aime pas tourné en rond, et j’aime quand les choses se font de A à Z. Durant le meeting, ma seule envie était d’intervenir et dire: ”Ok guys, let’s focus on one project, and let’s get it done”.
Mon interrogation au début de stage commence à se répondre de par elle-même. Trois jours après être arrivé, on me dit que je dois travailler sur une proposition de projet avec le Nelson Mandela Children’s Fund. La semaine d’après, je n’entends plus parler du projet. Eh bien voilà ce que je pense maintenant. On commence quelque chose, on obtient les fonds pour le réaliser, on ne le termine pas pour se concentrer sur l’obtention de fonds pour un autre projet. Très astucieux, mais cela ne peut pas durer longtemps, et je ne sais pas si vous avez lu le Zahir de Paulo Coelho, mais on perd vite du crédit à la banque des faveurs.
Justement le crédit du CSVR à la banque des faveurs vient d’en prendre un coup. Un article a été publié sur le site du Sowetan la semaine passé. Muzi, que l’on ne nomme pas dans l’article et que je vous disait qu’il avait été suspendu pour avoir argumenter contre Emily, menace de se rendre devant une commission de défense des droit de la personne. Il accuse la patronne Adele Kirsten de racisme, la même qui m’a envoyé un mail la semaine passé me disant que je ne serai pas pénalisé dans mon stage si je décidais de plaidoyer dans la cause de Muzi devant la commission. Pourtant, Muzi ne m’avait absolument rien demandé, et cela ne me regarde en aucun cas. Enfin, dans l’article, le CSVR est aussi accusé de ne pas pouvoir payé ses employés, faute de ne pouvoir recueillir assez de fonds. Ici, on entend de plus en plus parler d’une grève au sein des employés. Bizarrement, ils sont tous Noirs. J’aime comment un ONG sensé défendre les droits de la personne est maintenant accusé de racisme au sein de sa propre organisation. Même ici, les vestiges de l’apartheid sont encore présents.
Je ne crois pas du tout que l’article soit mal fondé. Quand j’ai entendu Emily parlé en mal contre les Zimbabweyens, en disant qu’ils volent les jobs des Sud-Africains (ce que j’explique dans un article précédent sur l’immigration), plus rien ne m’étonne ici au CSVR.
Enfin, je regarde le tout d’un point de vue très neutre, celui d’un petit gars de Montréal qui est venu pour apprendre le plus de choses possibles. Dans le fond, je suis peut-être juste déçu d’entendre plus parlé de conflits intra-organisationnels que d’objectifs surlesquels je devrais me pencher. Je prends pourtant le tout à la légère, avec beaucoup de recul, bien que l’on essaie de m’impliquer dans des histoires de grèves et de racisme dans lesquelles je n’ai aucun rapport. Et après tout, malgré ce que je dit, je conserve beaucoup de plaisir à être ici et je profite de chaque journée qui passe.
Ludo
Ah oui j’oubliais, si vous voulez jeter un coup d’oeil à l’article, voici le lien, ça en vaut la peine. http://www.sowetanlive.co.za/news/2010/08/05/human-rights-workers-threaten-strike
3 Responses to “Le CSVR en ce moment.”
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ouais mon ludo, ca brasse, amuse toi bien
papa
Faut croire que Dimitri ne devrait pas trop avoir de difficulté à te convaincre que les ONG c’est pas génial !
Crois-tu que ca serait mieux si le gouvernement sud-africain gerait ce genre de projet ?
Je sais pas, je ne crois pas vraiment que ça l’aurait un meilleur impact. Les ONG restent quant à moi beaucoup plus spécialisées dans leur domaine. Cependant ici, je pense qu’il y a de sérieux problèmes de gestion qui minent l’implémentation des projets qui pourtant sont très bons.
Lol ouais, disons que Dimitri à un point de vue que je commence à partager…