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L'héritage idéologique.

Jusqu’à présent, la plupart de mes interventions étaient destinées à ma perception sur le pays en général et sur différents enjeux qui ne cadrent pas exactement avec le but de ma présence en Afrique du Sud. Toutefois, j’ai le sentiment que ce que j’ai vu, que les nombreuses discussions entretenues avec des Sud-Africains, et que mes sorties dans des quartiers comme Soweto et Alexandra m’aident à mieux affronter le problème que je me suis posé dans un article précédent: Pourquoi tant de violence chez les jeunes ?

Il est nécessaire pour répondre à la question de remonter à la source. Quand je parle de la source, je ne parle pas de l’école ou des amis, je ne peux que parler de la famille. La famille est l’outil indispensable pour permettre à un jeune de se développer. Comme plusieurs spécialistes le cite:  » La famille est le principal agent socialisateur pour un enfant ». Personnellement, avoir grandi sans une mère, je m’en rend compte aujourd’hui à 22 ans.

Il est indéniable d’affirmer que les enfants dans les familles sud-africaines sont exposés à un taux anormal de violence. Ici, je ne parle pas de dispute entre les parents, de batailles entre frères, je parle plutôt de situations particulières auxquelles des enfants ne devraient pas être confrontés. Dans beaucoup de familles, la punition corporelle est perçue comme un bon moyen de régler un conflit. Est-ce une question d’héritage familial? Selon moi, cet argument a une grande valeur. Je bats mes enfants car mon père m’a battu. Même adultes, les parents n’ont pu se libérer du traumatisme causé par une enfance violentée. C’est un cercle vicieux, dans lequel les parents ne se rendent même pas compte du mal qu’ils font, car il est normal pour eux de battre leurs enfants quand ces derniers viennent à les confronter.

Ce que je veux surtout éviter de faire, c’est de tomber dans la généralisation. Partout, il y a des parents qui violentent les enfants, qu’ils soient Blancs, Noirs, Jaunes ou Mauves. Mais ce serait vous mentir de ne pas affirmer qu’il y a certaines ethnies qui ont la ceinture plus facile que d’autres. Je pense en ce moment au show de Russell Peters, humoriste, qui explique pourquoi les parents blancs doivent absolument battre leurs enfants, et qui est à pouffer de rire.

La génération actuelle de parents sud-africains est particulière. La plupart se sont battus pour se libérer de l’apartheid. Ils ont fait en sorte de rendre les townships ingouvernables, organisaient des manifestations, se défendaient contre la police avec des pierres, transformaient les établissements scolaires en de véritables bases révolutionnaires. Ils ont cultivé un idéal de la violence nécessaire à leur libération, mais dont ils ont maintenant beaucoup de mal à se séparer. Or, quels enseignements ont-ils à transmettre à la prochaine génération, si ce n’est qu’un héritage anti-apartheid?

Les parents n’ont pu bénéficier d’une enfance ni d’une adolescence stable, ils portent encore comme des médailles les cicatrices de leur combat contre le régime afrikaan. Ce sont ces mêmes médailles qu’ils donnent en héritage à leurs enfants, sauf que le combat est fini. Il faut maintenant détruire une personnalité pour en reconstruire une autre, ce qui prend beaucoup de temps et d’effort, mais tout premièrement une prise de conscience.

Se peut-il que l’apartheid ait un rôle a joué dans le comportement des parents vis-à-vis leurs enfants? Sans aucun doute, les parents ont appris que la violence dans toute ses formes est un bon moyen de mettre fin à un conflit. Ils appliquent dans leur milieu familial ce qu’ils appliquaient quotidiennement durant leur adolescence. La violence engendre la violence, ce ne peut être que vrai.

Aujourd’hui, la violence en Afrique du Sud n’est plus perçue comme un acte politique, mais tout simplement comme un acte criminel. Comme je l’ai dit plus haut, le combat est terminé. Les jeunes qui veulent externaliser leur éducation ne peuvent plus le faire contre le gouvernement, ils ne font donc que l’externaliser tout simplement, ce que l’on appelle la criminalité.

Or, qu’est ce qui regroupe tout les jeunes criminels? En fait, il est difficile pour moi de croire qu’un criminel vienne d’un milieu aisé, qu’un criminel vienne d’une famille normale, avec des parents qui l’aime et qui lui donne confiance.  Confiance?! Je pense que je viens de toucher un point important, sinon le plus important. Les criminels possèdent tous la même caractéristique, bien qu’ils ne le montreront jamais, soit une faible estime d’eux-mêmes.

L’estime de soi se forge avant tout dans la famille. Un milieu familial anormal est beaucoup plus susceptible de produire des enfants anormaux. Ainsi, quand la personnalité d’un enfant se forge plus dans les claques qu’il reçoit que dans l’amour qu’il n’a pas, quand un enfant vient à vouloir émuler le passé révolutionnaire de ses parents dont il n’a plus besoin, il oublie qui il est, et perd du respect pour lui-même, condition indispensable afin de vivre sa vie.

Une réponse à “L'héritage idéologique.”

  1. L’éducation est fondamentale pour les enfants, ce ne sont pas seulement les parents qui prennent part mais aussi l’environnement qui l’entoure. L’externalisation de l’éducation est forcée car les parents ne sont pas en permanence pour surveiller ses enfants. Si tout le monde peut faire un choix, il supprimera cette externalisation car dans la plupart des cas l’environnement détruit toujours les enfants : ce sont les mauvaises choses qui sont nombreuses : violence.

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