Il y a plusieurs entreprises récupérées en Argentine, en effet il y en aurait actuellement près de 200 au pays. Les entreprises récupérées sont des entreprises privées qui ont soit été abandonnées par leurs propriétaires ou encore étaient en processus de fermeture, dont les travailleurs se sont appropriés autant la production que la gestion. Le phénomène, toujours en extension, a surtout pris naissance ici suite à la crise de 2001. Il s’est exprimé sous toutes sortes de formes, passant de la lutte exclusivement juridique aux durs affrontements policiers. Avec la situation économique mondiale actuelle, on s’attend à ce que le phénomène prenne encore plus d’ampleur.
Le cas que j’étudie est celui de Comercio y Justicia (www.comercioyjusticia.com.ar). L’histoire de ce journal de Cordoba est pleine d’espoir. D’ailleurs l’entreprise célebrera en 2009 son 70ième anniversaire. L’entreprise a d’abord été fondée en 1939, à l’origine C y J était une entreprise médiatique privée de Cordoba. En 2000, suite à des difficultés financières importantes, l’entreprise fut vendue à des intérêts brésiliens (Gazeto Mercantil) de Sao Pablo. Peu à peu, ces nouveaux propriétaires abandonnèrent l’entreprise, laissant ainsi les salaires et la location de l’établissement impayés pendant plusieurs mois. En novembre 2001, en pleine crise nationale, le journal ferma ses portes. Les 90 employés de l’entreprise se retrouvèrent donc a la rue, sans aucun recours. Malgré cette situation, une assemblée consécutive fut tenue le 9 avril 2002, c’est à ce moment que plusieurs des travailleurs décidèrent de faire front commun pour tenter de récupérer légalement l’entreprise. Un long combat les attendait: incertitude, peurs, pauvreté … C’est suite à un ardu et couteux processus juridique au sujet de la propriété privée qu’en juin 2002, l’entreprise fut finalement officillement récupérée et transformée en coopérative. A ce moment, 11 des 90 employés initiaux étaient toujours de la partie. Lors de leur début comme coopérative, les travailleurs gagnaient 50 pesos (environ 17$) hebdomadairement. Aujourd’hui, les 69 personnes qui travaillent a temps plein pour C y J gagnent toutes dignement leur vie, et sont fièrement ‘propriétaires’ de l’entreprise. Certains des travailleurs actuels ont participé au processus de récupération de l’entreprise, il est fascinant de les entendre se raconter. Au jour le jour, le défi est pour tous ces travailleurs en quête de justice sociale, de gérer l’entreprise an accord avec les principes du coopérativisme.
Je trouve très intéressant d’investiguer le cas de Comercio y Justicia, particulièrement quant au processus de transition des travailleurs, à savoir comment ils ont passé du statut d’employés à celui d’associés. Les travailleurs se sont-ils convertis au ‘coopérativisme’ ?
Si le sujet des entreprises récupérées, je vous conseille de visionner l’excellent documentaire ‘La Toma’ ou ‘The Take’ de Naomi Klein.






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