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Dilemmes éthiques et religieux en terre éloignée…

L’une des choses qui m’a le plus surprise et choquée aux Philippines, jusqu’à maintenant, est l’importance que revêt la religion catholique pour les gens qui m’entourent.

Les premières semaines, c’était une importance avec laquelle je pouvais composer; si on parle souvent de religion au sein de mon ONG, c’est surtout pour critiquer les positions de l’Église catholique en matière de contraception et de santé reproductive. Critiquer, ça me va, c’est un terrain connu. Nous critiquions (et critiquons toujours) l’opposition de la hiérarchie catholique à de nombreux moyens de contraception, qu’ils appellent des “abortifacients”, car ils empêchent l’apparition de la vie, de même qu’à l’avortement et à l’éducation sexuelle dans les écoles. Ces positions empêchent les femmes d’avoir de meilleures conditions de vie et, surtout, de choisir les conditions en question. Combien d’enfants, à quels intervalles.

Au cours de ces premières semaines, donc, si l’Église et la religion occupaient déjà beaucoup plus de place dans mes pensées et discussions, ce qui me pertubait en soi, elles avaient tout de même le mauvais rôle, un rôle que je pouvais comprendre. J’étais choquée de l’importance que revêt l’Église aux Philippines, notamment dans la politique (ne prend-on pas la séparation de l’Église et de l’État pour acquise en Occident?), mais j’étais tout de même dans une position confortable. Une position contre l’Église, point.

Au fil du temps, cependant, cette position confortable a été tranquillement ébranlée. Tout d’abord, en fréquentant l’une de mes colocs, prénommée Faith, de façon très appropriée…

Faith et ses amies sont toutes très sympathiques; elles aiment rire, parler de leurs rencontres, sortir prendre un café ou souper en groupe. Un peu comme chez nous, quoi. La différence? Avant ledit souper, elles vont à l’église. Un petit tour à la messe de cinq heures, qui déborde toujours au point où les gens l’écoutent de l’extérieur, sur le parvis de l’église, en utilisant leurs éventails pour avoir un peu moins chaud dans la foule. La première fois que je les ai accompagnées à l’église, c’est les lèvres bien serrées que j’ai récité quelques prières à leurs côtés, me disant intérieurement que je préférerais de loin être en train d’acculer le curé au pied du mur en lui demandant s’il était conscient des conséquences de ce qu’il prône sur la vie de millions de femmes et d’êtres humains en général.

Puis, il y a deux semaines, ma coloc et ses amies sont reparties en province, d’où elles viennent, pour quelques mois. N’étant pas sûres de nous revoir avant mon départ, nous avons échangé des cadeaux d’adieu, histoire de ne pas oublier le temps passé ensemble. Que m’ont-elles donné? Des chapelets et médailles religieuses provenant de leur coin de pays. Pour la chance, la sécurité, la santé… J’ai toujours énormément de problèmes avec l’Église catholique en tant qu’institution; cependant, accrochés au mur de ma chambre, trônent maintenant chapelets et médailles…

Et ce conflit entre ma perception des institutions religieuses et la façon dont je vois mes proches vivre la religion au jour le jour ne cesse de s’accentuer. La semaine dernière, je prenais un café avec une amie rencontrée un mois auparavant, nous étions dans un petit resto un peu grano de Cubao, bouffe locale, ambiance vaguement hippie, en train de parler de littérature… Tout ce qu’il y a de plus typique.

Soudainement, elle a commencé à me parler de son rêve, de ce qui l’appelle vraiment: être missionnaire pour l’Église catholique. Elle a grandi dans une communauté traditionnelle, elle a travaillé dans des milieux pauvres pour leur apporter un certain soulagement et pour partager ses convictions. C’est une fille qui rêve, une fille extrêmement vivante; elle me racontait des histoires de missionnaires dans des coins reculés du pays, en train de prier avec des gens à genoux dans la boue, sous la pluie, parce que la construction de l’église n’était pas encore terminée… et que les gens voulaient vraiment prier.

Que répondre à cela? Si elle avait grandi ailleurs, dans une autre culture, un autre contexte, nul doute qu’intelligente et passionnée comme elle l’est, elle aurait pu aller très loin, dans n’importe quelle direction. Ayant été élevée là où elle l’a été, dans certaines circonstances bien précises, le rêve qui est à sa portée, c’est de devenir missionnaire. C’est sa façon de voyager, d’apprendre et de redonner aux gens. Qui suis-je pour juger?

C’est ainsi que je me suis retrouvée, après avoir critiqué et manifesté contre l’Église, à encourager une fille de mon âge à travailler pour cette même Église. “Vas-y, si c’est ton rêve, fais-le.”

Toutes ces questions de religion, c’est probablement ce qui me cause le choc culturel le plus important. Il est difficile pour moi d’admettre, dans mon attitude toujours critique à l’égard des institutions religieuses, que tout n’est pas noir et blanc. Que de très bonnes personnes, personnes admirables, peuvent travailler pour cette même Église; que de nombreux symboles religieux, chapelets et autres, peuvent ne devenir qu’un symbole de la bonté des gens qui les offrent; et que, à quelque part, le chemin à suivre pour aider les gens à vivre mieux est moins clair que je ne le pensais.

La question ne me semble plus être “Faut-il combattre l’Église”, mais plutôt “Que faut-il combattre au sein de l’Église?”. Où tracer la ligne entre les pratiques individuelles inoffensives, importantes aux yeux des gens, et l’organisation qui peut, au contraire, les rendre misérables?

Répondre à ces questions s’avère beaucoup plus difficile que prévu.

3 Responses to “Dilemmes éthiques et religieux en terre éloignée…”

  1. Merci beaucoup d’écrire vos pensées. C’est très perspicace! Aussi c’est bon pour moi de pratiquer mon Francais ! Je viens de la Colombie Brittanique, et je vais voyager dans un pays qui parlent le francais. Mais j’ecris cette note pour vous dire que c’est incroyable ta point de vue, de ne plus juger, et avoir un esprit ouvert. Je suis Chretienne, je comprends vos pensees. J’espère que vous continuez un coeur et un esprit ouverts.

  2. Veuillez pardonner mon épellation pauvre.

  3. Merci beaucoup pour ton commentaire, je suis contente de savoir que tu as apprécié! Et bonne chance pour ton séjour en français, je suis sûre que ça va bien aller.

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