Samedi dernier, je me suis retrouvée dans une fête des plus intéressantes. Musique forte, gens qui dansent et qui s’amusent, qui parlent fort… Bien avant de m’en rendre compte, j’avais les yeux bandés et un bâton dans les mains pour participer à un jeu où nous devions tenter de briser un pot pour en faire tomber des bonbons et des pièces de 1 peso, sous les encouragements de la foule. Nous étions peut-être une cinquantaine, avec des enfants qui couraient un peu partout entre nous en criant et en riant… et nous étions dans un bidonville de Manille.
C’était une activité organisée par la section jeunesse de Likhaan de ce bidonville, Pasay. Nous avions passé la semaine précédente à discuter avec les quatre jeunes, entre 14 et 16 ans, qui devaient l’organiser. Il y avait beaucoup à faire et à discuter, car ces jeunes leaders sont nouveaux au sein de Likhaan. Nous avions peur qu’ils n’aient qu’une chose en tête: “party, party, party!”, alors que, généralement, les activités jeunesse incluent aussi des jeux à travers lesquels des questions de santé reproductive sont abordées. Questions de contraception et d’ITS, et de leur apprendre aussi à utiliser les bons mots pour parler de sexualité sans avoir peur.
Ont-ils réussi à aller au-delà de la “fiesta” ce soir-là? C’est difficile à dire. De nombreux jeux exigeaient que les jeunes répondent à des questions de santé reproductive avant de commencer; c’est un pas dans la bonne direction. L’un d’entre eux les forçait à repêcher un condom dans une bassine de lait au chocolat avec leur bouche, sans les mains, dans une sorte de rally; j’imagine qu’au moins, après ça, ils n’auront plus peur des condoms!
En même temps, je me demande à quel point tous ces jeunes sont venus pour Likhaan, et combien sont venus pour des raisons plus terre-à-terre. J’ai l’impression que le taux de participation a beaucoup eu à voir avec le fait que nous donnions une merienda (collation) et des breuvages. J’ai aussi l’impression que certains jeunes présents étaient beaucoup trop jeunes, à cinq, six, sept ans, pour comprendre et apprécier ce que nous faisions. À certains moments, l’activité prenait des airs de garderie; ça criant, ça courait, et ça n’écoutait pas!
Que penser de tout cela? Si la soirée était des plus agréables, les activités n’étaient pas parfaites. Peut-on dire que c’est un pas dans la bonne direction? Probablement.
J’ai espoir que de telles activités, si elles ne réussissent pas à être tout à fait éducatives, si les gens y vont pour manger et danser plus qu’autre chose, ont au moins le mérite de les familiariser tranquillement avec certains enjeux de santé reproductive. Les changements de mentalité et de croyances prennent du temps; peut-être ne serions nous pas plus efficaces si nous tentions de les abreuver d’informations. Peut-être que passer par la bande, au détour d’un danse ou d’un jeu, régulièrement, risque d’entraîner des changements positifs à long terme, graduellement.
Au moins, avec une approche tranquille comme cela, ils ne sont pas trop choqués et ne deviennent pas réfractaires à nos idées. Ils ont le temps de parcourir un bout de chemin par eux-mêmes, à leur rythme.
Les changements prennent du temps, et c’est probablement l’un des plus gros problèmes auxquels font face les ONG ici. Souvent, leur financement a une durée limitée, ou l’ONG elle-même a un mandat d’une durée définie. Ils essaient d’obtenir trop, trop vite, puis s’en vont, et le travail est à recommencer. De plus en plus, il me semble que la coopération doive se faire à long terme et s’enraciner dans les communautés pour être efficace. Deux pas en avant, un pas en arrière, et on continue, sachant qu’on a tout le temps d’arriver à destination sans forcer les choses.


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